HO, HELLO ! Je ne vais peut-être pas me faire des amis mais j’ai enfin trouvé une personne, (cultivée en plus), qui pense -comme moi- au sujet des intérieurs « Made in IKEA ». Nous savons tous pourquoi et comment l’enseigne Suédoise est absente de notre département. Je vous communique aujourd’hui un article rédigé par Emilie COUTANT, (sociologue, consultante en mode, médias, tendances, risques et addictions et Docteur de l’Université Paris V).

Qui nous décrit pourquoi les gens sont fous de la marque et du coup, indirectement, pourquoi je pense que c’est finalement une bonne chose pour nous de ne pas faire comme eux.

En trois ans, un tiers des Français a réalisé des aménagements d’intérieur. Un Français sur trois a réalisé des travaux d’amélioration ou de réhabilitation de son logement au cours des trois dernières années et 83% disent accorder beaucoup d’attention au design du produit (UNIFA, voir ici). Tout le monde connaît le géant suédois Ikea, auquel on reproche souvent l’uniformisation de nos intérieurs urbains. Mais selon Alison J. Clarke, professeur d’histoire du Design à l’université de Vienne, le succès de la marque repose justement sur le fait qu’elle incarne le contraire de l’expression personnelle. Alors que l’image de soi n’a jamais été aussi importante à nos yeux, comment expliquer que nous soyons aussi massivement séduits par une marque qui nous garantit que notre intérieur n’aura rien d’original ?

Ce n’est pas forcément un paradoxe. Un magasin comme Ikea propose des objets communs que tout le monde va s’acheter en masse. Mais ces pièces correspondent à des styles bien précis, même s’ils sont repris par beaucoup. Aujourd’hui, pour se construire une image propre, on emprunte aux autres, on suit les autres. Il y a cette tendance tribale dans la mode. On a l’impression que tout le monde à la même chose et c’est l’objectif souhaité : appartenir à un clan, en l’espèce, le clan IKEA. Le clan IKEA se retrouve au même endroit pour acheter les mêmes meubles. Mais ensuite se distinguent des sous-clans, et c’est là que naît la différenciation, avec le choix de telle ou telle option, telle ou telle couleur. L’offre est tellement pléthorique que chacun va y trouver un détail pour parfaire son intérieur et se distinguer des autres. On part d’une base commune, les coussins, les posters se retrouveront d’une maison à l’autre, mais la combinaison, l’association, va faire le style de la personne.

La tendance « Ikea-hacking » qui consiste à détourner des meubles Ikéa pour en créer d’autres plus originaux est représentative de cette tendance. On s’approprie l’objet grand public pour construire son style, en fonction toujours de la « tribu » à laquelle on appartient. Aujourd’hui nous ne cherchons plus à nous exprimer personnellement mais en groupe. La construction du paraître, du soi, est beaucoup plus relationnelle. Elle est centrée sur du collectif, du tribal. Sur une idée du partage.

Imitation-distinction sont les deux processus d’une même dialectique.

De quelles évolutions socio-économiques Ikea est-il le symbole ?

Les meubles Ikéa peuvent être remplacés rapidement- leur coût faible est aussi à prendre en compte- ils peuvent être arrangés, transformés. C’est un indice de la société qui n’est plus ancrée ad vitam aeternam. Les gens n’ont plus de CDI pendant 40 ans dans la même entreprise. La stabilité n’est pas valorisée. Nous sommes aujourd’hui dans une société de l’éphémère, du nomade, du mobile.

Le caractère changeant est très important. Il faut pouvoir faire évoluer son mobilier. Et, avec Ikea, il est possible de changer de décoration très facilement. De transformer une chambre de bébé, en chambre d’enfant, en chambre d’adolescent. Ikéa est une réponse réussie à cette volonté de changement permanent, de cumul d’expériences.

Ça illustre le changement de notre société. Nous passons d’une société moderne à une société post-moderne.

Pourquoi n’éprouve-t-on plus le besoin d’aménager un intérieur sur le long terme ?

La population souhaite pouvoir consommer, de consumer les choses rapidement, passer à autre chose. L’intérieur reflète notre quotidien. Or nous vivons beaucoup plus dans le temps présent. Nous valorisons le temps présent face au long terme. « Carpe diem » est la caractéristique de notre temps. Le rapport à l’habitat a évolué. On ne cherche plus à avoir un mobilier qui dure 40 ans. On préfère pouvoir changer au grée des relations affectives successives, au grée des enfants qui arrivent.

Le renouvellement de la mode sans interruption fait partie de cette idée du multiple, de l’accumulation sans engagement.

On retrouve cette logique de la consommation –consumation dans la mode de vêtements: regardez Mango, Zara, H&M: c’est une mode éphémère qui propose des « vêtements Kleenex ».

Ikea fédère comme Apple, ou Picard. On consomme dans ces enseignes pour être ensemble ou pour se reconnaître. « Je me reconnais en l’autre qui consomme comme moi ».

Et en même temps, il y a toujours la possibilité de trouver des objets alternatifs : la mode éthique se trouve dans le mobilier durable et robuste. La récupération de mobilier usé fait aussi son retour.

On peut associer cela à des meubles de grands designers. Rien n’est incompatible : le style devient de cette façon beaucoup moins uniforme. Il n’y a pas un style : classique, branché, etc, mais une combinaison personnalisée.

Propos recueillis par Clémence Houdiakova

N’hésitez pas à me donner votre avis sur cet article.

picture-27_0Emilie COUTANT est sociologue, consultante en mode, médias, tendances, risques et addictions. Docteur de l’Université Paris V, elle a soutenu une thèse intitulée “Le mâle du siècle : mutation et renaissance des masculinités. Archétypes, stéréotypes, et néotypes masculins dans les iconographies médiatiques” (2011). Fondatrice et dirigeante de la société d’études qualitatives et prospectives Tendance Sociale, elle réalise études et enquêtes sociologiques pour le compte d’entreprises ou d’institutions. Enseignante dans diverses universités et écoles de mode, elle est également Présidente du Groupe d’Etude sur la Mode (GEMode), rédactrice éditoriale des Cahiers Européens de l’Imaginaire et secrétaire du Longeville Surf Club.
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Publié par :David de NosIntérieurs.com

Passionné de Mobilier et Amoureux des Objets...

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